Gagner en capacité

Une équipe autonome plutôt qu’une équipe convaincue

Un nouvel outil est installé, une nouvelle façon de travailler est annoncée. Quelques semaines plus tard, une partie de l’équipe s’y est mise, l’autre est revenue à ses habitudes. Le problème est rarement la résistance. C’est ce qu’on a demandé à l’équipe, et ce qu’on lui a donné pour y arriver.

L’équipe Agilteem

Un nouvel outil est en place. La décision était bonne, le projet a été mené, la formation a eu lieu. Quelques semaines plus tard, une partie de l’équipe s’en sert, une autre continue avec ses anciens fichiers, et une troisième fait les deux, ce qui double le travail.

On parle alors de résistance au changement. Le mot est commode, parce qu’il place le problème chez les autres. Il est rarement juste.

Une équipe ne résiste pas à un outil. Elle résiste à ce qu’on lui demande sans lui donner les moyens de le faire.

Ce que l’équipe perd, et que personne ne voit

Pour celui qui décide, un nouvel outil est un progrès. Pour celui qui l’utilise, c’est d’abord une perte. Il maîtrisait ses anciens fichiers, il y était rapide, on venait lui demander conseil. Du jour au lendemain, il redevient débutant, plus lent que la veille, devant ses collègues.

À cela s’ajoute une question que personne n’a posée à sa place : qu’est-ce que j’y gagne ? Si la réponse est que la direction verra mieux les chiffres, elle est vraie pour la direction. Pour lui, c’est une saisie de plus.

Et souvent, la formation s’est résumée à une démonstration et à une phrase rassurante sur la simplicité de l’outil. Ce qui est simple pour celui qui l’a choisi l’est rarement pour celui qui le découvre.

Convaincre ne suffit pas

Face à ces réticences, le réflexe est de convaincre : expliquer encore, insister, rendre l’outil obligatoire. On obtient au mieux une adhésion de façade. L’outil est utilisé tant que quelqu’un vérifie, puis l’usage s’effrite.

Une équipe convaincue suit tant que vous êtes là. Une équipe autonome continue quand vous n’êtes plus là.

L’objectif n’est donc pas de convaincre, mais de rendre l’équipe autonome sur une nouvelle façon de travailler. Ce n’est pas la même chose, et ce n’est pas le même travail.

Ce qui rend une équipe autonome

Partir de son problème, pas du vôtre

Le premier usage d’un nouvel outil devrait régler quelque chose qui gêne l’équipe, pas seulement quelque chose qui intéresse la direction : une relance qu’on oublie, une information qu’on cherche, une saisie qu’on fait deux fois. Quand l’outil enlève une contrainte avant d’en ajouter une, il trouve sa place.

Associer ceux qui vont s’en servir

Ceux qui utiliseront l’outil tous les jours savent ce qui marchera et ce qui ne marchera pas. Les associer dès le choix, puis aux réglages, n’est pas une politesse. C’est la façon la plus sûre d’éviter qu’un outil bien choisi soit mal réglé pour ceux qui le font vivre.

Former sur le vrai travail

On apprend un outil en l’utilisant sur ses propres dossiers, en petits groupes, avec quelqu’un à côté pour les premières fois. Une démonstration générale montre ce que l’outil sait faire ; elle ne montre pas comment faire son travail avec.

Écrire les règles du jeu

Qui saisit quoi, à quel moment, et ce qui se passe quand l’information manque. Sans ces règles, chacun invente les siennes et l’outil se remplit de façon inégale. Avec elles, l’usage tient même quand les personnes changent.

Arrêter l’ancienne façon de faire, à une date annoncée

Tant que l’ancienne façon de faire reste disponible, elle reste la plus confortable. Une période où les deux coexistent est utile. Elle doit avoir une fin, annoncée à l’avance, et respectée.

Qui fait ce travail

Ce travail est souvent oublié, parce qu’il n’appartient à personne. Le prestataire a livré l’outil. La direction a pris la décision. L’équipe a d’autres priorités. Personne n’est chargé de faire le lien entre l’outil installé et la façon dont on travaille vraiment.

C’est une situation que nous rencontrons souvent : l’outil est installé, personne ne s’en sert. L’enjeu est alors de le brancher sur le travail réel, de former les équipes, et de le rentabiliser. Pas de faire à la place de l’équipe : de lui transférer les compétences, puis de vérifier que ça tient.

Quand l’outil ne prend pas

Si un outil récent ne prend pas chez vous, ne concluez pas trop vite que l’équipe n’en veut pas. La question utile est ailleurs : qu’est-ce qui lui manque pour s’en servir sans vous ? C’est souvent le bon sujet d’une première conversation.

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