Faire tourner l’opérationnel

Quand un chantier dérape, reprendre le pilotage sans écarter personne

Le projet est toujours « en cours ». Le prestataire attend des réponses, l’équipe a d’autres urgences, et personne n’ose dire qu’il n’avance plus. Changer de prestataire ou tout reprendre à zéro est rarement la réponse.

L’équipe Agilteem

Il a été lancé avec de l’élan : un nouvel outil, un site à refaire, une façon de travailler à changer. Il y a eu des réunions, des devis, un prestataire retenu. Puis le rythme a baissé. Les points d’avancement se sont espacés. Le projet figure toujours dans la liste des chantiers en cours, et tout le monde sait qu’il ne l’est plus vraiment.

Face à un chantier qui dérape, deux réflexes reviennent : changer de prestataire, ou tout reprendre depuis le début. L’un comme l’autre coûtent cher, et règlent rarement ce qui bloquait.

Un chantier s’enlise rarement pour une raison technique. Il s’enlise parce que plus personne ne le pilote.

Pourquoi les chantiers s’enlisent

Le dirigeant a lancé le projet, mais il porte aussi tout le reste. La personne chargée de « suivre le sujet » a son propre métier à tenir. Le prestataire attend des réponses qui ne viennent pas, et finit par donner la priorité à des clients plus réactifs. Personne n’a fait d’erreur. Personne n’avait non plus la charge de faire avancer le projet.

Les mêmes blocages reviennent :

  • ce que le projet doit produire n’a jamais été écrit clairement, et chaque livraison est jugée « pas tout à fait ça » ;
  • le choix de l’outil ou de l’option est sans cesse repoussé, dans l’espoir d’en trouver un meilleur ;
  • le projet n’a pas de date qui engage, et passe après les urgences du quotidien ;
  • les personnes qui devraient tester et valider n’ont pas de temps prévu pour le faire ;
  • la peur de se tromper fait attendre une certitude qui ne viendra pas en réfléchissant davantage.

Changer de prestataire règle rarement le problème

Quand un chantier dérape, le prestataire est le coupable le plus visible. Il est parfois en cause. Mais le plus souvent, il a exécuté ce qu’on lui a demandé, avec les réponses qu’on lui a données, au rythme où on les lui a données.

Le remplacer, c’est perdre ce qu’il sait du projet, refaire un cahier des charges, et recommencer avec les mêmes manques. Le nouveau prestataire bute sur les mêmes questions restées sans réponse.

Il arrive aussi que le prestataire ait vu le problème avant tout le monde, sans trouver à qui le dire. Le remettre au cœur du pilotage, c’est récupérer ce qu’il sait.

Reprendre le pilotage, sans écarter personne

Reprendre un chantier, c’est d’abord lui rendre un pilote : quelqu’un dont le rôle est de faire avancer le projet, de relancer, de faire trancher les questions qui traînent, de faire le lien entre ce que l’entreprise veut et ce que le prestataire construit.

Ce pilotage ne remplace personne. Le prestataire garde son travail, et le fait mieux quand ses questions trouvent réponse. L’équipe garde son rôle, et sait enfin quand on a besoin d’elle. Le dirigeant garde la décision, sur des choix présentés clairement.

Piloter, c’est aussi rendre l’avancement visible : ce qui est fait, ce qui attend une réponse, et qui doit la donner. Quand chacun voit où en est le projet, les relances deviennent moins nécessaires.

Les gestes qui remettent en mouvement

Concrètement, un chantier repart quand quelques décisions sont prises :

  • écrire en une page ce que le projet doit régler, pour qui, et à quoi l’on verra qu’il marche ;
  • définir la version la plus simple qui apporte déjà quelque chose, plutôt que la version complète ;
  • fixer les prochaines échéances, et les personnes qui valident à chacune ;
  • faire tester avec de vraies données, par ceux qui s’en serviront, à la place de l’ancien fonctionnement et non à côté ;
  • ajuster, puis élargir, au lieu de tout livrer d’un coup.

Ce n’est pas une méthode nouvelle. C’est ce qui manquait quand le projet a perdu son pilote.

Avant de relancer

Un chantier qui dérape pose aussi une question plus large : le projet traite-t-il toujours la bonne cause ? Il arrive qu’il s’enlise parce qu’il butait sur un problème situé ailleurs, que personne n’avait nommé. Le reprendre sans le vérifier, c’est risquer de le relancer dans la même impasse.

Si un chantier patine chez vous, une conversation permet de faire le point : où il en est, ce qui le bloque, et ce qu’il faudrait pour qu’il reparte avec ceux qui le portent déjà.

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